Crise en Haïti : il est temps que la peur change de camp

Article : Crise en Haïti : il est temps que la peur change de camp
Crédit: © Jean Feguens Regala / Reuters
5 mars 2025

Crise en Haïti : il est temps que la peur change de camp

Ravagé par la violence des gangs et les luttes de pouvoir d’une classe politique corrompue, Haïti vit aujourd’hui l’une des périodes les plus sombres de son histoire. Trafic d’êtres humains, viols, vols, meurtres, intimidation sur les réseaux sociaux… La population est prise en étau entre des criminels sans scrupules et des dirigeants incapables d’assurer la sécurité. Mais il est temps que la peur change de camp. Face à cette situation alarmante, la jeunesse haïtienne doit s’engager et exiger des mesures fermes pour mettre fin à cette descente aux enfers.

Des habitants du quartier Delmas 30 se protègent et fuient leurs maisons en raison de la violence des gangs, à Port-au-Prince, Haïti, le 25 février 2025.
© Jean Feguens Regala / Reuters

Une insécurité grandissante, alimentée par des complicités

Depuis plusieurs années, Haïti est en proie à une explosion de la violence. Les gangs, agissant en toute impunité, enlèvent, tuent et terrorisent la population avec la complicité de certains acteurs politiques, économiques et médiatiques. Une question légitime se pose : comment ces groupes criminels accèdent-ils à des armes de guerre et à des drones alors qu’Haïti ne produit ni armes ni munitions ?

Malgré l’embargo imposé par le Conseil de sécurité des Nations Unies, les gangs disposent d’un arsenal impressionnant, incluant des fusils d’assaut, des munitions en grande quantité et même des drones. Ces armes ne tombent pas du ciel. Elles arrivent en Haïti grâce à des réseaux bien établis et protégés par des complices haut placés. Il est urgent de mener des enquêtes sérieuses pour identifier et sanctionner ces responsables, car sans ces complicités, la machine criminelle ne pourrait pas fonctionner à une telle échelle.

Le Conseil Présidentiel de Transition : un échec retentissant

Pendant que la population subit l’enfer au quotidien, la classe politique continue de se livrer à des querelles de pouvoir stériles. Depuis l’installation du Conseil présidentiel de transition (CPT), aucune amélioration significative n’a été constatée. Au contraire, la situation ne cesse d’empirer.

Comment peut-on sérieusement prétendre sortir un pays de la crise en nommant neuf personnes à la tête de l’État, dans un système de présidence tournante qui ne fait que prolonger l’instabilité ?

L’objectif de ces dirigeants n’a jamais été de sortir Haïti du chaos, mais plutôt de préserver leurs intérêts personnels et ceux de leurs proches, souvent établis à l’étranger. Pendant ce temps, les citoyens haïtiens sombrent dans la misère et l’insécurité, abandonnés par ceux qui devraient les défendre.

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Les réseaux sociaux, un nouveau terrain d’intimidation

Un autre phénomène inquiétant vient des réseaux sociaux. TikTok, WhatsApp, Telegram et autres plateformes sont devenus des espaces de propagande pour les gangs où ces criminels exposent leur puissance, diffusent des images de leurs exactions et propagent la peur. Certains médias en ligne, à la recherche de vues, donnent la parole à ces criminels, normalisant ainsi leur présence dans le paysage médiatique.

Pire encore, certains influenceurs haïtiens acceptent de l’argent provenant des gangs sous forme de « cadeaux TikTok », contribuant ainsi à leur légitimation.  Bien qu’ils nient tout contact direct avec ces criminels, ils profitent des fonds issus de kidnappings, de meurtres et de trafics divers. De plus, lorsqu’un jeune dénonce ces pratiques, ces mêmes influenceurs tentent de le faire taire sous prétexte que critiquer les gangs est dangereux. Cette stratégie d’intimidation indirecte ne fait qu’aggraver la situation et renforce l’impunité des malfrats.

Cette banalisation de la violence sur les réseaux sociaux est une menace directe pour la jeunesse haïtienne. Il est inadmissible que des psychopathes puissent s’afficher fièrement en ligne, exhibant leur richesse mal acquise et se présentant comme des modèles à suivre.

L’hypocrisie politique et l’impunité des criminels

Le lien entre politique et gangs est une réalité bien connue. Les émissions socio-politiques se transforment en tribunaux où les accusations fusent sans jamais aboutir à des actions concrètes. Certains politiciens, parfois élus, sont accusés de financer les gangs, mais aucune enquête sérieuse n’est menée.

Il est temps que chaque individu, quel que soit son statut, réponde de ses actes. Le meurtrier doit être jugé pour meurtre, le trafiquant d’armes pour son commerce illicite, le complice pour sa participation aux crimes. L’impunité ne peut plus être la règle.

Il est inadmissible que certains cherchent encore des excuses à ces criminels, invoquant la pauvreté ou l’absence d’opportunités. Mais cela ne justifie en rien les viols, les meurtres et les actes de barbarie. Les enfants tués, les mères assassinées, les familles détruites n’avaient rien demandé. Ces innocents ne sont pas morts parce qu’ils ont dénoncé les gangs, mais simplement parce qu’ils étaient là, au mauvais endroit, au mauvais moment.

La jeunesse doit se lever

L’inaction profite aux criminels. Haïti ne peut pas continuer à vivre sous la terreur. Il est temps que la peur change de camp. La jeunesse doit refuser la résignation et exiger des mesures fortes de la communauté internationale et des institutions régionales.

Nous appelons à la signature d’une pétition pour demander aux organisations internationales (CARICOM, OEA, Union européenne, Union africaine, ONU, etc.) :

  • L’inscription des chefs de gangs haïtiens sur une liste de terroristes pour qu’ils soient poursuivis et jugés où qu’ils se trouvent.
  • Des sanctions sévères et des poursuites internationales contre toute personne ou organisation collaborant avec ces gangs, y compris politiciens, hommes d’affaires, artistes et influenceurs.
  • Un contrôle strict et systématique des conteneurs entrant en Haïti pour limiter l’importation illégale d’armes et de munitions.
  • Une surveillance renforcée des ports et aéroports, qu’ils soient publics ou privés.

Ne plus subir, mais agir

Haïti ne pourra se reconstruire que si les citoyens refusent de se résigner à la peur et à l’oppression. Se taire, c’est accepter l’inacceptable. La jeunesse doit faire entendre sa voix, signer des pétitions, manifester pacifiquement et exiger des comptes.

Il est temps d’agir avant qu’Haïti ne sombre définitivement. Que ceux qui choisissent de vivre à genoux cessent de critiquer ceux qui préfèrent mourir debout, car vivre à genoux dans la peur n’a jamais été une solution.

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